A STRASBOURG, LES BLACK SWANS SIGNENT LA REVERSIBILITE

Mis à jour : juin 17

A Strasbourg, les Black Swans d’Anne Demians démontrent avec élégance qu’en terme de réversibilité, on peut passer avec justesse de la prospective à la réalisation. Et même semer quelques malins cailloux sur le chemin de la qualité architecturale. C’est ce que nous a expliqué leur architecte, Anne Demians. Depuis janvier 2019, trois tours identiques trônent sur la presqu’île Malraux à Strasbourg. Elles ne totalisent pas moins de 28 000 m² et un programme mixte réversible fait de résidence pour étudiants, de logements en accession, un hôtel et des commerces. Autant l’écrire, un projet ambitieux, même pour une métropole comme Strasbourg. La mono-fonction des bâtiments ayant montré ses limites, la réflexion de l’architecte se porte désormais plus volontiers sur des ouvrages mixtes et évolutifs. « On abîme le territoire en différenciant la construction de bureaux et de logements.

Or, les programme évoluent plus vites que le temps de la construction. Les bureaux deviennent très rapidement obsolètes par exemple et contribuent à créer des malêtre dans des quartiers quand les bâtiments ne sont pas adaptables dans le temps. » commente Anna Demians, architecte des Black Swans. Pourtant, les caractères constructifs (lumière, espaces, murs, plafonds…) de chaque programme pourraient en réalité ne pas être si différents. S’il est réglementairement complexe de superposer plusieurs programmes, la mixité pénalise la rentabilité de l’opération . Cher et complexe, la réversibilité trouvait dans les Black Swans un terrain d’expression pour démontrer sa pertinence, à la faveur d’un maître d’ouvrage éclairé, Icade, et d’une ville très impliquée. « Dès le concours, le budget ne correspondait pas à la mixité envisagée . Ma réponse fut au départ théorique en proposant une seule trame commune, quel que soit le programme. » L’architecte a donc considéré qu’un bâtiment est avant tout des murs, des sols, des plafonds, la capacité à accueillir la lumière, à générer de l’espace. La trame commune fut aussi l’occasion de faire moins cher et plus qualitatif en intégrant les caractéristiques de l’un et de l’autre (les balcons pour le logement, les coursives d’entretien ou les brise-soleils pour les bureaux).

@AAD

Au fur et à mesure des études , une nouvelle façon d’imaginer la ville à émerger. En cours d’études, des aléas économiques et politiques furent propices aux évolutions de programmes. « En concevant un bâtiment réversible dès le concours, la dévolution du programme peut arriver tardivement. La solution, on valorise le clos-couvert parce qu’on permet plus longtemps une adaptabilité de son usage, tout en optimisant le coût de l’ouvrage. » ajoute l’architecte. Les villes l’ont bien compris. A Strasbourg, la situation économique a bouleversé le projet d’origine (qui incluait des bureaux). Le Maire, Roland Ries, conseillé par Grand Prix d’Urbanisme 2001, Jean-Louis Subileau ont suivi démontrant que rien ne peut être entrepris sans une politique dynamique. D’où la question essentielle de la réversibilité du permis de construire.

@AAD

Concernant la conception, construire réversible n’implique pas de révolutionner la technique architecturale du bâtiment. C’est ainsi que les Black Swans conservent une structure poteaux-dalles, avec les circulations et gaines techniques au centre. La hauteur des plateaux a été homogénéisée à 3 m. Une trame unique (2,92 m. soit 4 modules de 0.73 m.) a été mise en place. Si les bureaux prévus à l’origine venaient un jour à voir le jour, 800 €/m² de surface de plancher suffiraient à les inclure, sans toucher au grosœuvre. Néanmoins, les attentions prêtées à la structure ne devaient pas faire oublier les qualités d’usages d’un bâtiment, notamment autour des questions de confort d’été et d’hiver. Les tours sont également enserrées d’un système de coursives extérieures pour tous, qui fabriquent des espaces extérieurs de types loggia plus ponctuels. Avec les brise-soleils, les habitants peuvent ainsi moduler selon leur besoin les apports soleils et ouvrir les fenêtres usant des réponses thermiques qu’offre la façade au climat continental strasbourgeois. Les Black Swans ne doivent pas devenir un modèle réplicable. Elles sont en effet inextricables de leur contexte, le bassin Malraux et de son caractère industriel, et fortement ancrées dans le climat continental strasbourgeois, au point d’en devenir un des symboles du renouveau du quartier. Néanmoins, comme toutes expériences nouvelles et réussies, les Black Swans contribueront encore un temps à l’émulation prospective autour des problématiques réversibles, à Strasbourg comme ailleurs.

by Léa Muller



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