Toutes les expertises
Patrimoine
Comment approcher l'architecture de la deuxième moitié du XXe siècle
Le patrimoine architectural de 1950 à 1990 ne bénéficie d'aucune doctrine de rénovation établie. Carta – Reichen et Robert Associés en tire une méthode à partir de trois chantiers emblématiques.
Contrairement au bâti du XIXe et du début du XXe siècle, protégé par une culture d'intervention établie et l'action des Architectes des Bâtiments de France, les constructions de la seconde moitié du XXe siècle échappent à tout cadre réglementaire consolidé. Leurs façades légères cumulent obsolescence technique, signature architecturale forte et masse quantitative considérable, rendant impossible toute doctrine générale. Face à ce vide, Carta – Reichen et Robert Associés a développé une méthode testée sur trois opérations distinctes, reposant sur un principe unique : préserver l'écriture architecturale d'origine et concentrer l'innovation sur la seule technique d'enveloppe.
Sur le campus de la Doua à Lyon, conçu par Jean Prouvé et Perrin-Fayolle en 1957, l'agence a conservé les proportions et la légèreté visuelle de la façade tout en la remplaçant par une façade manteau bois préfabriquée hors site, développée avec Techniwood, générant 60 % d'économie d'énergie pour l'université Lyon 1. À Jussieu, où les façades rapportées de 1960 devaient répondre à des exigences de stabilité au feu, la solution a intégré la reprise de structure dans l'épaisseur même de l'enveloppe, sans altérer la silhouette extérieure, permettant ensuite à Architecture Studio de réutiliser les mêmes modules pour compléter le campus. À la Cité judiciaire de Rennes, réalisée en 1984 et reconnue au titre du PLU, la modélisation BIM tridimensionnelle permet de résoudre les géométries complexes en shadow box sans trahir l'œuvre originale, dans le cadre d'un chantier en site occupé mené par séquences de trois trames sur trois ans.
Ces trois cas dessinent une posture commune plutôt qu'une méthode reproductible : partir de la signature architecturale, jugée digne d'être préservée, et non de la technique, par nature perfectible. Cette approche exige une forme d'objectivité, à distance de la nostalgie comme du rejet esthétique, pour identifier ce qui fait la valeur d'une œuvre et ce qui peut être transformé sans la dénaturer. En l'absence de protection réglementaire pour ce patrimoine, c'est à la maîtrise d'œuvre de construire sa propre doctrine, projet par projet, en se demandant systématiquement ce que ces architectes auraient conservé, et sur quoi ils auraient accepté d'innover.
Points clés
- —La façade manteau bois hors site du campus de la Doua a permis 60 % d'économie d'énergie sans modifier les proportions de trame de Prouvé.
- —À Jussieu, la stabilité au feu a été intégrée dans l'épaisseur de la façade rapportée sans altérer la silhouette extérieure du bâtiment.
- —À la Cité judiciaire de Rennes, la modélisation BIM 3D permet de traiter les géométries complexes en shadow box lors d'un chantier en site occupé.
Pour aller plus loin sur BuildingLab
Retrouvez l'analyse technique complète de ce sujet — contexte détaillé, choix de conception et enseignements — dans l'article approfondi publié sur BuildingLab.
Découvrir le contenu sur BuildingLabÀ lire aussi
Centre Pompidou 2030 : restaurer l'icône, réinventer son avenir

